
La Villa / Frac-Collection, 50 rue de Dijon (parc Lamugnière), 70100 Arc-lès-Gray
03 84 31 47 66 - www.lavilla-frac.fr
Aujourd’hui, nos corps
œuvres de la collection du frac
L’exposition présentée à la Villa / Frac-Collection est conçue comme une partition sensible composée d’œuvres puisées dans la collection du frac Franche-Comté, une déambulation dans laquelle le corps n’est jamais un simple sujet, mais le lieu même de l’expérience, de la résilience et de la mémoire.
Cette traversée commence par une confrontation à la densité du réel avec l’installation de David Mach, laquelle convoque des silhouettes submergées par l’accumulation d’objets — des corps qui semblent se dissoudre dans le flux d’une société de consommation devenue océan de marchandises.
Dans ce sillage, s’inspirant d’images de danseurs dont l’artiste réinterprète la gestuelle, les peintures de Dhewadi Hadjab révèlent un corps aux prises avec son espace domestique quotidien. Ici, le mobilier n’est plus un support, mais un partenaire contraignant qui force le corps à des contorsions extrêmes, transformant l’espace intime en un lieu de négociation physique permanente.
À cette tension répondent les photographies d’Émilie Pitoiset, issues d’archives documentant les marathons de danse aux États-Unis lors de la Grande Dépression de 1929 : là, l’épuisement devient une chorégraphie de la survie, les corps s’agrippant les uns aux autres pour ne pas sombrer.
De violence, il s’agit encore dans l’œuvre d’Édouard Levé qui, à partir d’images de presse, reconstitue des scènes de match de rugby avant de les photographier. Dans cette série d’œuvres, les joueurs sont remplacés par des modèles en tenue de ville, hors contexte et sans ballon. L’artiste interroge ainsi les représentations de la violence inhérente à ce sport masculin, tout en créant des analogies avec des scènes de conflits urbains ou des peintures historiques. Pourtant, dans l’œuvre présentée ici, quelque chose de différent émerge, qui évoque à la fois la danse et l’entraide.
Ce besoin de l’autre trouve un prolongement puissant dans la photographie de Marina De Caro, où la notion de groupe est centrale ; les performeurs ne sont plus une somme d’individus, mais une seule et même entité composite, réaffirmant le pouvoir politique d’être ensemble.
Cette interdépendance devient radicale dans l’action filmée d’Anne et Jean Rochat, qui les montre immergés dans un lac, tous deux dépendants d’un unique tuyau d’air alimenté par le public depuis la rive. Dans cette action minimale, le simple fait de respirer devient un acte de survie partagé, métaphore de la fragilité de la vie.
Le parcours s’enrichit plus loin d’une dimension interactive avec LA MACHINE de la compagnie Labkine : par l’utilisation de la notation du chorégraphe Rudolf Laban, le visiteur est convié à danser sur des fragments de partitions historiques, devenant lui-même le dépositaire d’une mémoire immatérielle.
Cette quête de transmission trouve son dénouement dans la vidéo de Justine Emard mettant en scène un dialogue prospectif entre un chorégraphe et un robot androïde, le premier cherchant à enseigner la danse au second. Dans cette rencontre entre chair et silicium, entre intelligence humaine et artificielle, se joue une ultime résistance, nous rappelant que notre corps demeure notre identité irréductible.
SZ
Artistes exposés : Marina De Caro, Dhewadi Hadjab, Justine Emard, David Mach, Édouard Levé, Émilie Pitoiset, la compagnie Labkine, Anne et Jean Rochat.