
Les bibliothèques idéales de Nina Laisné et Lou Forster
Du 14 juin 2026 au 3 janvier 2027, le Frac Franche-Comté présente l’exposition monographique de Nina Laisné "Un monde renversé" ainsi que l’exposition d’archives de Lucinda Childs "Une subversion du cadre". L’occasion pour la bibliothèque de se voir proposer deux nouvelles « bibliothèques idéales » : celle de l’artiste Nina Laisné et celle de Lou Forster, commissaire de l’exposition autour de Lucinda Childs.

Vous pourrez donc découvrir sur la table documentaire de l’exposition deux belles sélections qui, à certains égards, se font écho. Nina Laisné, artiste dont le riche univers mêle musique baroque, culture hispanophone et lusophone, iconographie fantastique et figures de la transidentité, a notamment porté son choix sur des ouvrages narrant l’histoire de l’esclavage (en particulier au Brésil), avec des récits situés à différentes époques, souvent portés par des femmes fortes.

Sa bibliothèque idéale aborde une autre thématique à découvrir dans son exposition : les créatures hybrides et mystérieuses. On se représente bien celles appartenant à l’iconographie du Moyen-Âge, telles qu’on peut les découvrir dans le catalogue Fantasmagories : les lanternes de peur entre science et croyance publié par les Musées de Strasbourg, ou dans l’essai de Pierre-Olivier Dittmar L’invention de l’animal : essai d’anthropologie médiévale.

Mais cette histoire ne s’arrête pas là et c’est également à travers des récits contemporains, réels ou fictifs, de la « rencontre » intime entre l’homme et l’animal, que le sujet est abordé, avec la figure de l’ours qui revient à plusieurs reprises dans l’exposition, notamment dans une collaboration avec l’auteure Célia Houdart. Celle-ci est bien présente dans cette bibliothèque idéale, avec deux de ses livres : Gil et Les fleurs sauvages. Le thème des identités sexuelles fluides est également abordé dans cette sélection, à travers la théorie (Une brève histoire de la transmisogynie de Jules Gill-Peterson) et la fiction (Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam).

Lou Forster, commissaire de l’exposition Lucinda Childs – une subversion du cadre est un spécialiste de cette chorégraphe majeure de l’avant-garde new-yorkaise des années 1960. Sa thèse remaniée Page à la main : Lucinda Childs et les pratiques de danse lettrée vient d’être publiée : vous pourrez la découvrir dans sa bibliothèque idéale, en compagnie de nombreux ouvrages sur la danse et son histoire, avec divers écrits revenant sur des phases importantes du développement de cette discipline.

La problématique des liens entre la danse et d’autres formes d’expression (notation, dessin, cinéma) y est étudiée en profondeur. Et au-delà de la danse, la question des sources historiques – documents et livres – et des institutions qui les conservent – services d’archives et bibliothèques – est également à l’honneur, avec des ouvrages qui s’intéressent à l’écriture et à la lecture, comme En lisant, en écrivant de Julien Gracq et Histoire de la lecture dans le monde occidental de Guglielmo Cavallo et Roger Chartier. Enfin, comme pour boucler la boucle entre les deux bibliothèques idéales des expositions, l’étude d’Ann Laura Stoler Au cœur de l’archive coloniale : questions de méthode, choisie également par Lou Forster, permet d’envisager les corpus d’archive comme un matériau propice à examiner l’histoire selon des perspectives riches et ouvertes, celles des affects et des émotions, ici ceux des colonisateurs de l’Inde du XIXe siècle.
