fiche exposition - Les Inattendues


 Rodolphe Huguet, Les 9 erreurs, 2012
© Rodolphe Huguet, photo : Stéphane Dondicol



dates du 13/04/2017 au 12/11/2017

Horaires : Jusqu’au 30 juin et du 1er septembre et au 15 novembre, tous les jours sauf le mardi de 14h à 18h Du 1er juillet au 31 août, tous les jours de 11h à 19h

lieu(x) :
  • Écomusée du Pays de la Cerise 206, le Petit-Fahys - 70220 Fougerolles

nature de l'exposition exposition collective

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Micol Assaël, Jacques Berthet, John Giorno, Christoph Girardet, Hans Hemmert, Rodolphe Huguet, Éric Lamouroux, Blanca Casas Brullet et Dominique Blais, Louise Lawler, David Mach, Corinne Marchetti, Servane Mary, Régis Perray, Markus Raetz, Loïc Raguénès, Hannah Rickards, Peter Rösel, Allan Sekula

À l’Écomusée du Pays de la Cerise de Fougerolles, le Frac Franche-Comté propose Les Inattendues, une exposition réalisée à partir de ses collections.1

La philosophie qui a présidé à la création des musées d’Arts et Traditions Populaires (ATP) ou des Écomusées est très différente de celle qui a donné naissance aux musées des Beaux-Arts où l’art contemporain trouve toute sa place. Dans les premiers sont présentés des objets mais aussi des images, des paroles ou des sons dont la fonction est de transmettre et de valoriser le patrimoine matériel et immatériel d’un territoire et d’une population. Ainsi l’Écomusée de Fougerolles, créé en 1982, présente-t-il au sein d’une maison ayant appartenue à une famille de distillateurs, l’histoire de l’industrialisation de ce village et d’un savoir-faire très particulier au travers de la présentation d’objets visant à porter, compléter et enrichir un discours scientifique. L’ensemble a pour finalité de faire acte de mémoire tout en favorisant une identité et un sentiment d’appartenance.
À contrario, les objets présentés dans un musée des Beaux-Arts ne le sont que pour leur seule valeur artistique et dans l’unique but de leur contemplation. Il ne saurait être question de les instrumentaliser en leur donnant le statut de document. .

Il peut donc sembler étrange de présenter les œuvres contemporaines dans un musée des Arts et Traditions Populaires. Pourtant à l’instar de ce musée, l’art contemporain interroge, à sa façon, l’histoire, la mémoire, le temps, l’identité et les faits de société. L’un comme l’autre sont en prise directe avec les problématiques liées à la représentation du réel. Et bien des points communs peuvent encore être soulignés.
Comme dans la plupart des musées des ATP, les salles de l’Écomusée de Fougerolles, avec ses nombreuses vitrines, offrent ainsi des similitudes avec la peinture présentée dans les musées des Beaux-Arts. En le visitant, nous sommes conviés à contempler une succession de tableaux (en trois dimensions) qui ne sont pas sans évoquer des « natures mortes ».
Comme dans la peinture du Quattrocento, un soin particulier est accordé au dispositif visuel, et donc aux visiteurs, dont le conservateur prédétermine le point de vue afin qu’ils puissent embrasser du regard chacun des éléments qui participent aux différentes compositions. Une rationalisation de l’espace donc, destinée à permettre le saisissement d’un temps suspendu mais aussi une volonté d’orienter les visiteurs dans leur lecture par la hiérarchisation spatiale des «documents» proposés.


Bien que conçue pour refléter une réalité historique, chaque salle (ou composition) de ce type de musée est une construction dont la structure n’est pas pleinement cohérente (des rapprochements sont parfois incongrus ou anachroniques comme si on avait voulu condenser le réel ou opérer des raccourcis temporels). Dès lors, l’Écomusée pourrait être dans sa globalité l’œuvre d’un de ces nombreux artistes contemporains dont la recherche relève de l’inventaire ou du récit voire du «reenactment», une pratique amateur visant à la reconstitution grandeur nature d’événements historiques, dont les artistes s’emparent depuis plusieurs années pour interroger l’écriture de l’histoire et ses résonances dans le temps présent.
Mais c’est sans doute autour de leur intérêt mutuel pour les objets quotidiens, via leur utilisation, leur accumulation, voire leur détournement, que les rapprochements entre un musée des ATP ou un Écomusée et l’art contemporain sont les plus évidents.
Depuis Picasso et les collages cubistes, l’objet usuel est présent dans l’art, l’objet réel s’entend et non sa représentation. Avec Marcel Duchamp et ses ready-mades, l’objet, simplement extrait du réel, atteint même au statut d’œuvre d’art. Avec le Pop art et le Nouveau Réalisme à leur suite, les artistes s’emparent de la culture populaire, manifestant leur prédilection pour le trivial afin de s’opposer à l’art du passé, mais aussi leur volonté de questionner les limites entre art et non art et de faire converger l’art et la vie. Cet engouement pour l’objet ne s’est pas démenti depuis, comme en témoignent les œuvres du Frac présentées ici.

À Fougerolles, chaque objet a valeur de document : document sur les métiers, la façon de s’habiller, les croyances, la façon de s’éduquer, de se divertir… bref tout ce qui constituait le mode de vie de cette époque.
Un assemblage dense (une installation ou un environnement pourrait-on dire pour reprendre le vocabulaire de l’art contemporain) qui relève d’une certaine nostalgie et d’une réelle entreprise mémorielle. Ces objets ne sauraient, on l’a dit, trouver place dans un musée des Beaux-Arts. Pourtant ils y pénètrent grâce à l’art puisque, sublimés et dotés d’une plus-value artistique, ils changent de facto de statut.

Ce sont ces similitudes et ces convergences d’intérêt pour le quotidien, pour la représentation du réel, mais aussi pour les questions sociétales, telles le pouvoir, l’économie, le travail, la nourriture, les croyances, bref tout ce qui touche à la vie, qui ont donné l’idée de l’exposition Les Inattendues. Celle-ci se présente à son tour comme un collage, créant entre des objets aux statuts différents, dialogues ou collisions, continuités ou ruptures, adhésions et décalages pour permettre d’interroger différents niveaux de réalité ou de fiction.

1. En 2007, le Frac avait présenté une première exposition, Les Inattendus, au sein du Musée des arts et traditions populaires de Champlitte.
Il s’agissait comme ici de faire entrer des artistes contemporains et leurs œuvres au sein des salles du musée.

Sylvie Zavatta
Directrice du Frac


Coproduction
Une exposition coproduite par le Fonds régional d’art contemporain de Franche-Comté et l’Écomusée du Pays de la Cerise.

Autour de l’exposition /

Ouverture/Vernissage
Le jeudi 13 avril à 18h